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23/09/2008 9:18
Benjamin Walter, Écrits français (0 commentaire)

"L’expérience transmise oralement est la source où tous les narrateurs ont puisé. Et parmi ceux qui ont couché par écrit des histoires, ceux-là sont de grands narrateurs dont le texte s’écarte le moins des paroles des innombrables narrateurs anonymes. Il faut du reste distinguer parmi ces derniers deux groupes qui ne cessent sans doute de se pénétrer l’un l’autre. Le narrateur ne doit sa plénitude qu’à cette double origine."

Argumentation d’Oriane (crayon de couleur bleu clair): tout est narration, fiction, tout discours peut s’intégrer naturellement dans un roman. Ce passage interviendra pour moi au moment où Elstir rapporte comment il a décidé d’écrire un roman à partir des événements asiatiques auxquels le Général Proust a été mêlé (récit 25, chapitre 13). Il aura la forme suivante (c'est lui qui me parle): «L’expérience transmise oralement est la source où puisent tous les narrateurs. Et parmi ceux qui ont couché par écrit des histoires, ceux-là sont de grands narrateurs dont le texte s’écarte le moins des paroles des innombrables narrateurs anonymes qu’il a été amené à rencontrer. Il faut du reste distinguer parmi ces derniers deux groupes qui ne cessent sans doute de se pénétrer l’un l’autre. Le narrateur ne doit sa plénitude qu’à cette double origine.»





10/08/2008 7:29
Eagle Chief Pawnee, Paroles de sages (0 commentaire)

"Toutes les choses vont par deux. Nous sommes deux dans notre esprit — bon et mauvais. N os yeux voient double — les choses qui sont belles et celles qui sont laides… Nous avons une main droite qui frappe et fait le mal, et une main gauche pleine de bonté, proche du cœur. Un pied peut nous conduire vers le mal, l’autre vers le bien.


Ainsi vont par deux toutes les choses, par deux."

Argumentation d’Oriane (feutre rouge): la pensée duale est extrêmement pratique en politique car elle correspond à une vision simplifiée du monde curieusement rejointe de nos jours par l’opposition zéro-un de la codification numérique. Pour penser il faut plusieurs perspectives, la dualité est donc le socle minimal de la pensée. Une pensée à trois termes est déjà plus complexe car elle implique le oui-non-peut-être. Au-delà, une pensée multiple est infiniment trop complexe pour la masse des gens aussi un grand homme politique comme le
Général est celui qui réussit à présenter tout choix politique en terme de dualité, pour ou contre… La littérature, du moins celle que je vise, est un essai de présentation du monde à travers une multipolarité. Certainement trop complexe pour la plupart des lecteurs (qu’importe) et en tous cas pour tous les éditeurs (qu’importe).





03/06/2008 9:03
Foucault Michel, Les mots et les choses (0 commentaire)

"Mallarmé ne cesse de s’effacer lui-même de son propre langage, au point de ne plus vouloir y figurer qu’à titre d’exécuteur dans une pure cérémonie du Livre où le discours se composerait de lui-même."

Argumentation d’Oriane (encre verte): d’où toute cette «littérature» contemporaine qui ne tourne que sur elle-même dans le plus grand détachement possible du monde et du sujet, une littérature qui tourne à vide n’écrivant que sur les signes, les formes des signes, les rapports des signes entre eux, évitant tout ce qui, de près ou de loin, pourrait ressembler à un « message » [L’absolu de l’horreur littéraire]. Foucault ajoute plus loin : « Qu’est-ce donc que ce langage, qui ne dit rien, ne se tait jamais et s’appelle «littérature»?» Mallarmé et Gertrude Stein, deux des écrivains qui ont le plus dénaturé la littérature ouvrant la voie à ce qu’on ose appeler la «littérature contemporaine» et qui est proprement illisible car littérature pour universitaires, elle n’est faite que pour la glose.





12/04/2008 12:15
Sade Donatien Alphonse Marquis de, Dialogue entre un prêtre et un moribond (0 commentaire)

"Le moribond: À te prouver que tout peut être ce qu'il est et ce que tu vois, sans qu'aucune cause sage et raisonnable le conduise, et que des effets naturels doivent avoir des causes naturelles, sans qu'il soit besoin de leur en supposer d'antinaturelles, telle que le serait ton dieu qui lui-même, ainsi que je te l'ai déjà dit, aurait besoin d'explication, sans en fournir aucune; et que, par conséquent dès que ton dieu n'est bon à rien, il est parfaitement inutile; qu'il y a grande apparence que ce qui est inutile est nul et que tout ce qui est nul est néant; ainsi, pour me convaincre que ton dieu est une chimère, je n'ai besoin d'aucun autre raisonnement que celui qui me fournit la certitude de son inutilité.
Le prêtre: Sur ce pied-là, il me paraît peu nécessaire de vous parler de religion.
Le moribond: Pourquoi pas, rien ne m'amuse comme la preuve de l'excès où les hommes ont pu porter sur ce point-là le fanatisme et l'imbécillité; ce sont des espèces d'écarts si prodigieux, que le tableau selon moi, quoique horrible, en est toujours intéressant. Réponds avec franchise et surtout bannis l'égoïsme. Si j'étais assez faible que de me laisser surprendre à tes ridicules systèmes sur l'existence fabuleuse de l'être qui me rend la religion nécessaire sous quelle forme me conseillerais-tu de lui offrir un culte? Voudrais-tu que j'adoptasse les rêveries de, plutôt que les absurdités de Brahma, adorerais-je le grand serpent des nègres, l'astre des Péruviens ou le dieu des armées de Moïse, à laquelle des sectes de Mahomet voudrais-tu que je me rendisse, ou quelle hérésie de chrétiens serait selon toi préférable? Prends garde à ta réponse."

Argumentation d’Oriane (Bic noir): discussion rebattue… l’argumentation du moribond ne tient pas car elle suppose une rationalité naturelle. Or rien ne prouve qu’il en soit ainsi. Et si le monde ne repose pas sur une construction de raison, alors la foi a son domaine propre qui ne peut être analysé avec les arguments de cette raison. Quand à l’argument de la pluralité religieuse, il ne tient pas non plus car s’il est une constante universelle, au-delà des variations de surface que sont les religions, c’est bien le besoin d’un (ou plusieurs car cela ne change pas fondamentalement cette constatation) Dieux.


11/12/2007 9:16
Guizot François, Des conspirations et de la justice politique (0 commentaire)
"Le nombre et là fréquence des conspirations attestent le mauvais état de la société ou la mauvaise conduite du gouvernement, ou l'un et l'autre ensemble.

Je pourrais dire que le gouvernement étant institué pour être bon, c'est-à-dire pour satisfaire aux besoins généraux de la société, si l'état de la société est mauvais, cela prouve que le gouvernement n'est pas bon. Je ne serai pas si sévère. Je crois qu'il peut exister au sein de la société, des forces aveugles ou perverses, ardentes à renverser des pouvoirs que la société a intérêt de maintenir.

Que ces forces conspirent, si elles peuvent rien de plus naturel; que le gouvernement les combatte, rien de plus légitime. Je ne révoque en doute ni la possibilité des conspirations, ni la justice du châtiment des conspirateurs."

Argumentation d’Oriane (feutre bleu pointe fine): la «realpolitik», celle du
Général qui aurait pu signer la phrase deux dans son argumentaire pour justifier son coup d’état mais qui, en même temps, considérait la politique comme un jeu de stratégie — plutôt un jeu d’échec — où toutes les combinaisons étaient possibles pourvu qu’elles respectent un ensemble restreint de règles élémentaires: savoir « justifier » son action, être sûr de ses forces, connaître les faiblesses de l’adversaire…

23/10/2007 9:05
Anonyme, La saga de Njal (Trad R Dareste) (0 commentaire)
Le jour suivant, Ganançay dit à Norpois: «Allons chez le général.»--«Je veux bien» dit Norpois; et ils y allèrent, au nombre de douze. Tous leurs parents et leurs amis étaient là. Ils entrèrent dans la salle où le général était assis à boire, Ganançay s'avança le premier, et salua le général. Le général regarda avec attention cet homme bien vêtu qui le saluait, et lui demanda son nom. Ganançay se nomma. «Es-tu Normand?» dit le général. Ganançay répondit que oui, «Pourquoi es-tu venu chez nous?»--«Pour voir votre seigneurie, ô général, et aussi, parce que j'ai une grosse affaire d'héritage dans ce pays-ci, et j'aurai besoin de votre aide pour qu'il me soit fait droit.» Le général dit: «J'ai promis qu'il serait rendu justice à chacun dans mon état. Mais avais-tu encore autre chose à me dire en venant me trouver?» «Seigneur, dit Ganançay, j'ai à vous demander une place à votre service, et de me faire votre homme.» Le général se taisait, Oriane lui dit: «Il me semble que cet homme vous fait beaucoup d'honneur; je suis d'avis que s'il y en avait un grand nombre comme lui autour de vous, votre service serait bien assuré.» «Est-ce un homme sage?» demanda le général. «Sage et hardi» répondit-elle. «Je crois bien, dit le général, que ma femme veut qu'on te fasse comme tu demandes; cependant, à cause de notre position, et de la coutume de la République, je veux que tu reviennes dans un demi-mois seulement; et je te ferai mon homme. Jusque-là ma femme prendra soin de toi, mais alors viens me trouver.»

Argumentation d’Oriane (encre verte) : faut-il que je date cette scène? Bien sûr il faudrait la modifier un peu, quelques détails font archaïque comme «faire votre homme». Serait-ce mieux d’écrire «travailler pour vous» qui serait plus contemporain, pourtant la tonalité d'ensemble correspond assez bien à ce que j’ai vécu…

Note du responsable du blog: ce
texte m’a un peu intrigué, j’ai cherché cette saga, je l’ai trouvée ce que je soupçonnais s’est trouvé vérifié, Oriane a commencé son travail «romanesque» en transformant le texte original comme elle le laissait entendre dans une de ses notes précédentes. Il va falloir se méfier…

15/04/2007 9:59
Péju Pierre, La vie courante (0 commentaire)
«…ce lac n’a jamais existé que dans un texte : ce texte. Pourtant je sais bien que ma mésaventure n’est pas un rêve et que des personnes réelles, des personnes vivantes peuvent en témoigner. Mais qu’importe ? Quelle différence ? «Car notre passé, qu’est-il d’autre qu’une suite de rêves ? Quelle différence y a-t-il entre se rappeler les rêves et se rappeler le passé ? Et c’est la fonction que remplit le livre.»

Argumentation d’Oriane (stylo encre bleue, plume souple) : Oui… et non. Il est vrai que nous ne revivons jamais le passé et que nous avons, avec un souvenir, un rapport abstrait non directement charnel car si nous nous souvenons d’impressions sensuelles, elles n’ont jamais la plénitude, la diversité, la richesse du présent vécu. La fameuse madeleine de Proust ou son petit mur jaune sont de cet ordre qui se concentrent sur un goût et une couleur. Le monde ne revient jamais dans sa totalité.

Non, parce que le rêve est d’une autre texture que le souvenir. Le rêve, bien sûr, est plus arbitraire et irrationnel, mais il est aussi plus évanescent s’oubliant aussitôt que rêvé si l’on ne fait pas l’effort de le transformer en souvenir en le rapportant, le plus souvent à soi-même. Et pourtant le rêve peut avoir la force totale de la sensualité réelle. C’est donc un paradoxe : il peut-être aussi vrai que le vécu mais moins tenace que le souvenir.

06/04/2007 10:30
Nimier Roger, Le hussard bleu (0 commentaire)
"Le margis, il pince les lèvres et je pense putain de putain de macarelle de pute de sort. Je songe que je vais éclater tellement le sort il est putain. Le margis il éclate aussitôt :

— C’est du joli ! On m’appelle « vieux » maintenant. On me tutoie ! On me met la main sur l’épaule ! Et ce n’est pas fini ! On veut peut-être aller boire le coup avec moi ? Allez-y pendant que vous y êtes, dites-le que vous voulez boire le coup. Et comment la nommez-vous cette petite raclure?"

Argumentation d’Oriane (feutre rouge vif, presque carmin) : De toute l’expérience que j’ai retirée de ma longue fréquentation des militaires aux côtés de mon Général de mari maintenant défunt, je retire l’impression désagréable que ce type d’écriture, qui se veut au raz du réel est complètement fausse et fabriquée à l’usage exclusif de ceux qui veulent «de la couleur locale» pour des localités qu’ils ne connaissent pas. Je suis convaincue qu’un militaire du bas de la hiérarchie n’aurait pas parlé ainsi mais plutôt (je rassemble mes souvenirs et m’efforce d’écrire alors que j’ai toujours déclaré ne pas vouloir le faire) : «Ah c’est chouette ! Ça m’appelle «le vieux» ! Ça se permet de me tutoyer ! Ça me caresse l’épaule ! Et encore ! Ça voudrait boire un coup avec mézigues ? Faut le dire qu’i veut boire un coup. Et comment qu’i se nomme ce petit salaud ?» De toutes façons se serait moins écrit, plus bref : «Ouais, chouette ! Ça m’appelle «le vieux» ! Ça me tutoie, me caresse l’épaule ! Ça voudrait boire un coup avec mézigues ! Qui c’est ce nul ?»

27/03/2007 14:29
Mac Ewan Ian (Interview à Libération 30 novembre 2006) (0 commentaire)
"Le roman est un excellent outil d’investigation de l’esprit humain, de la condition humaine, il n’y en a pas de meilleur. La recherche universitaire peut étudier un million d’aspects particuliers.

Mais seul le roman peut donner un sens global, en suivant une personne à travers le temps, à travers la nature changeante de ses relations, de ses choix moraux, les difficultés à faire durer le bonheur, la nature tragi-comique des relations amoureuses.

Nous passons notre temps à essayer d’évaluer ce qui se passe dans la tête des autres. Et une des satisfactions qu’on a à lire un roman, c’est qu’on est parfois mis dans la position de «savoir», comme une sorte de dieu, ce qui se passe dans la tête des autres."

Argumentation d’Oriane (crayon de papier noir HB) : le roman n’est pas ça. Cette conception du roman est idéologiquement marquée par la conception de l’auteur, de l’autorité, du Deus ex machina, elle est datée dix neuvième siècle, c’est l’aboutissement de la linéarité du livre. Pour moi le roman est tout au contraire le refus d’adopter une position dominante, de mettre les lecteurs dans le chaos et la confusion dont sont faites toutes existences, le roman est un labyrinthe multidimensionnel, un espace dans lequel l’esprit doit se perdre alors même qu’il croit avoir trouvé un fil d’Ariane car vil s’avère que ce fil est rompu et ne conduit que d’une impasse à une autre impasse.


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